13 millions de personnes travaillent dans la production de thé, dont 9 millions sont des paysan·nes et 4 millions sont des ouvrier·es agricoles dans des plantations. Ils et elles reçoivent entre 1,5% et 3% du prix de vente final (Tero, 2022).
Un prix subordonné au système des enchères
Il n’existe pas de prix fixe du thé. En effet, environ 70% du thé est vendu aux enchères (Tero, 2022). Il existe trois principales places aux enchères : Mombasa au Kenya, Calcutta en Inde et Colombo au Sri Lanka.
Ce système d’enchères entraîne non seulement de très grandes fluctuations sur les prix, qui ne reflètent pas les coûts de production réels des producteur·ices, perdant ainsi tout pouvoir de négociation. Les enchères sont dominées par quelques gros traders ou courtiers qui évaluent la qualité et jouent de leur influence pour baisser les prix au minimum. Ainsi, la filière thé se caractérise par une grande opacité.
L’accaparement de la valeur ajoutée par une nouvelle transformation (blending et packaging)
Bien que le thé soit consommé en feuilles séchées dans la plupart des pays producteurs, la consommation en Europe “nécessite” l’ajout de quelques étapes supplémentaires : l’aromatisation et la mise en sachet. (En France, 85% du thé vendu est en sachets individuels). Ces étapes sont effectuées majoritairement en Allemagne et selon une étude du Basic (2022), sont celles qui génèrent la plus grande part de la valeur ajoutée du produit, atteignant jusqu’à 70% du prix de vente final. Leur réalisation dans les zones de consommation privent les zones de production de la richesse créée lors de cette dernière transformation.
Une consommation universelle et florissante, mais une chaîne de valeur éclatée
Le thé est la deuxième boisson la plus bue au monde après l’eau : 25 000 tasses par seconde. Plus de deux milliards de personnes boivent du thé régulièrement.
Selon l’étude du Basic (2022), le marché mondial du thé prêt à boire (salons de thé, bars, cafétérias, hôtels) représente 200 milliards d’€. Si l’on y ajoute les marchés informels (vente ambulante, etc.), le marché mondial peut atteindre les 300 milliards d’€.
La grande majorité du thé est consommée en thé vert ou thé noir, aromatisé ou non. La Chine et l’Inde ont la particularité de consommer la majorité du thé qu’elles produisent.
L’Europe représente seulement 5% de la consommation mondiale de thé. En France, 85 % du thé est acheté en grandes et moyennes surfaces, sous forme de sachets conditionnés. Ces produits proviennent en majorité d’Allemagne, de Belgique et de Pologne, pays qui jouent un rôle de plates-formes logistiques clés dans la chaîne de valeur du thé en Europe.
Cela illustre la complexité du circuit de commercialisation, dans lequel de nombreux intermédiaires captent une large part de la valeur ajoutée, souvent au détriment des pays producteurs.
Production et importations par continent
Pour aller plus loin :
La touche équitable
Le commerce équitable est une alternative qui permet un meilleur partage de la valeur ajoutée des produits et vise l’équilibre des relations entre organisations productrices et acheteuses.
Dans le commerce équitable du thé, plusieurs approches sont possibles. En effet, certaines grandes multinationales du thé peuvent avoir recours à une certification équitable. Toutefois, la plupart du temps, les marques des organisations de commerce équitable, également certifiées, sont organisées en filières plus courtes et plus directes.
C’est le cas, par exemple, d’Artisans du Monde, des Jardins de Gaïa, de Guayapi, ou d’autres encore qui commercialisent directement le thé acheté à des organisations de producteurs et productrices de l’agriculture familiale et paysanne.
La filière Tea Promoters India > Artisans du Monde :
Artisans du Monde choisit d’importer du thé transformé intégralement dans les organisations productrices.
“Nous recevons des produits finis : nous souhaitons que la valeur ajoutée créée lors de la transformation, l’emballage, etc. reviennent le plus possible aux producteurs et productrices”
Erika Girault, FAdM.
Les prix de vente des producteur·ices sont calculés, discutés et décidés démocratiquement au sein de l’organisation productrices. Cette dernière ajoute des frais de gestion, le montant supplémentaire prévu par le commerce équitable et les frais de transport jusqu’au port d’expédition.
Puis, la centrale d’achat Solidar’Monde réceptionne et livre les magasins associatifs distributeurs qui, à leur tour, ajoutent leurs propres marges, frais de gestion et taxes
Ainsi, le prix équitable est construit loin des salles des enchères, sur la base d’un échange transparent entre l’organisation qui achète et l’organisation productrice, à partir de l’analyse des coûts de production.




