Le changement climatique affecte profondément la culture du thé. En Inde, la température moyenne a augmenté de 1.5°C depuis 1914 et on observe une perte de 200 mm de précipitations. Au Sri Lanka, les températures grimpent également et les précipitations deviennent de plus en plus imprévisibles. Ces évolutions affectent directement les rendements et la qualité du thé. Les dérèglements climatiques se traduisent par des pluies torrentielles, des inondations, mais aussi des périodes de sécheresse, provoquant une instabilité agricole majeure. Ils favorisent également la prolifération des nuisibles et des maladies, aggravant encore les difficultés pour les producteur·rices de thé.
D’autres évènements dû aux changements climatiques sont observés :
Une qualité en déclin
Selon Fair Trade International, tous ces changements affectent non seulement la croissance du théier, mais aussi la concentration en stimulants et autres composés bénéfiques, altérant ainsi le goût et la qualité du thé.
Le déplacement de la production vers d’autres régions, souvent en altitude, est une réponse possible, mais cela risque de provoquer une baisse de qualité et des déséquilibres socio-économiques dans les zones d’accueil, si elles ne sont pas préparées à absorber ces migrations agricoles.
Un effet paradoxal du CO2
L’augmentation de la concentration ambiante en CO2 entraîne une augmentation de l’absorption de CO2 par les feuilles. Il semble avoir un effet positif sur la photosynthèse des feuilles des théiers et de la canopée.
Des expériences sur le terrain avec une concentration élevée en CO2 menées sur une période d’un an au Sri Lanka ont montré une augmentation significative (20%) du taux net de photosynthèse des feuilles de thé. Le rendement du thé au Sri Lanka s’est amélioré d’environ 33 à 37%.
Toutefois, avec l’augmentation de la pollution de l’air, des microparticules toxiques s’accumulent dans les feuilles de thé induisant de sérieuses menaces sur la santé humaine.
Ces enjeux soulignent l’impact du changement climatique sur la culture du thé et l’urgence de mettre en place des mesures d’adaptation et des pratiques agricoles durables.
La touche équitable
Le choix de l’agroécologie :
Chez Tea Promoters India (TPI), organisation productrice de thé équitable, nous maintenons un équilibre écologique dans les plantations de thé. Nous avons diversifié la faune et la flore, les animaux sont intégrés, nous aidant à maintenir l’équilibre écologique. Beaucoup d’oiseaux sont revenus parce que nous avons planté des arbres nourriciers. Les oiseaux chassent les insectes. Le calao bicorne [grand oiseau tropical] est réapparu dans certains de nos jardins du Darjeeling. Dans nos jardins de thé, les coccinelles sont présentes en très grand nombre. C’est un indicateur de production biologique sans utilisation de produits de synthèse. Les coccinelles sont aussi des prédatrices, elles se nourrissent des nuisibles.
De plus, en Inde, la température a augmenté, le climat est devenu très sec. Nous avons installé des réserves et des récupérateurs d’eau de pluie. Cette eau permet de créer un microclimat et sert pour l’irrigation pendant la saison sèche. Nous plantons aussi différents arbres sur les pentes pour lutter contre les glissements de terrain.
La MOPA et la SOFA (organisations productrices de thé équitable au Sri Lanka), adoptent des pratiques innovantes et durables pour limiter les impacts climatiques. Les deux organisations soutiennent des projets environnementaux comme la plantation d’arbres (plan de reforestation), l’utilisation d’engrais naturels et biologiques, l’utilisation de technologies modernes comme le système de cartographie des terres paysannes, l’utilisation de drones pour l’épandage d’engrais, la promotion de l’agriculture biodynamique…
Le choix de la biodynamie (Jardins de Gaïa) :
La biodynamie est une pratique agricole qui respecte notamment les calendriers lunaires et planétaires, impliquant une approche culturelle de la nature.
Les théiers poussent au milieu de terroirs à la biodiversité foisonnante fait d’un panachage de culture de fruits et d’épices tels des cocotiers, palmiers, canneliers, poivriers, curcuma… Les producteur.ices ont fait le choix de la biodynamie pour mieux préserver et nourrir la vie du sol, protéger leur santé, la santé des plantes et plus généralement la biodiversité qui les entoure.
En biodynamie, la préparation « 500 » ou bouse de corne est primordiale au regard de la fertilité des sols. De la bouse de vache est introduite dans une corne de vache qui a vêlé au moins une fois. La corne remplie est alors enterrée de l’équinoxe d’automne à l’équinoxe de printemps. À l’issue de cette dormance, imprégnée des rythmes et forces d’attraction Lune/Terre à l’instar des marées, la bouse de corne présente une forte activité biologique. Elle est ensuite diluée et dynamisée dans de l’eau pour être pulvérisée au printemps ou en automne sur terre chaude.
Le choix de la cueillette du thé sauvage :
Les théiers ne sont pas cultivés : ils poussent librement dans leur habitat naturel, sans intervention humaine.
La coopérative Van Chan au Vietnam rassemble deux communautés : les H’Mong et les Dao, qui vivent dans cette partie de la forêt humide dont le camelia sinensis est endémique. Le commerce du thé sauvage constitue pour ces peuples un revenu important, voire central. Sur cette photo, on peut observer des cueilleuses de thé rendues à grimper à plus de 10 m de hauteur pour pouvoir atteindre les précieux rameaux des arbres plusieurs fois centenaires.


