Les conditions de vie dans les plantations
En Inde, le Plantation Labour Act régit les conditions de vie dans les plantations. Dans une dynamique héritée du modèle colonial, il contraint les propriétaires à fournir aux travailleur.ses logement, eau et nourriture, les rendant mécaniquement entièrement dépendants de leurs employeurs. Le lieu de travail devient également le lieu de vie.
Depuis de nombreuses années, les ONG dénoncent des “conditions de travail insalubres et dangereuses”, un “accès réduit à l’eau potable” et le fait que les droits humains fondamentaux soient systématiquement “sapés”.
Protestations et revendications syndicales
L’Etat d’Assam produit près de 50% du thé en Inde et recense près d’1 million de travailleur·ses. En 2020, des mouvements de protestation ont éclaté dans cette région, et plus de 400 000 travailleur·ses se sont indigné·es pour réclamer des conditions de travail plus décentes.
Le salaire d’une cueilleuse de thé est de environ 2€ par jour.
Ces revendications font écho à celles de 2018, à l’issue desquelles le gouvernement indien avait promis une revalorisation du salaire journalier, promesse qui n’a à ce jour jamais été tenue. En 2020, les syndicats réitèrent leurs demandes et réclament une rémunération journalière de 350 roupies contre les 167 roupies actuels, soit un passage de 1,94€ à 4,06€. Pourtant, en Inde, le salaire moyen est d’environ 12 € et le salaire minimum régional réglementaire autour de 6,80 € / jour.
Comme en témoigne Abhijeet Majumdar, président du syndicat des travailleurs du thé Tarai Sangrami Cha « depuis 1951, le Tea Plantation Labour Act existe, dénonce-t-il. Il garantit en principe un salaire minimum, un logement et une école pour les enfants. Mais petit-à-petit, les employeurs ont pris une telle importance qu’ils peuvent refuser ces droits. Par exemple, ils paient aujourd’hui seulement 2 euros pour une journée de travail ! Vous vous rendez-compte ? » (RFI, 2020).
Dans le Darjeeling (nord-est de l’Inde), de violentes grèves ont secoué la région en 2017, conduites par le groupe ethnique minoritaire des Gorkhas. 25 syndicats de travailleur·ses des plantations de thé se sont jointes aux protestations pour exiger l’application du salaire minimum. Les syndicats dénoncent les salaires indécents des cueilleur·ses – près d’1,20 euro la journée –, l’insalubrité des logements, ainsi que l’exploitation du travail illégal des enfants dans les plantations.
Sri Lanka
Les plantations du Sri Lanka fonctionnent à partir des mêmes mécanismes paternalistes. Cependant, les services fournis sont de médiocre qualité et non-adaptés aux besoins spécifiques des travailleur·ses (logements insalubres, petits espaces qui empêchent toute intimité, etc). La position géographique des plantations, souvent recluses dans des milieux ruraux montagnards, isole les travailleur·ses du reste du monde et participe au renforcement de leur dépendance vis-à-vis des propriétaires.
De plus, la majeure partie de la main-d’œuvre des plantations est Tamoul, une minorité éthnique “importée” par les britanniques pendant la colonisation pour travailler dans les jardins de thé. Aujourd’hui, les descendants tamouls sont encore sévèrement discriminés au Sri Lanka, et sont particulièrement vulnérables face à l’exploitation des plantations, n’ayant nulle part où aller.
Des luttes syndicales en 2017 et 2019 ont permis une augmentation du salaire minimum dans les plantations de thé de 500 à 750 roupies sri lankaises, mais celui-ci est encore bien faible en comparaison du salaire minimum en vigueur dans d’autres secteurs – environ 1000 roupies.
D’après une enquête menée par Ingénieurs Sans Frontières :
en 2019, le salaire dans les plantations s’élève généralement à 3,5€ par jour à condition d’avoir cueilli 18 kg de feuilles de thé minimum.
Pour aller plus loin
Les luttes syndicales dans le secteur thé
La touche équitable
Les organisations productrices favorisent la production paysanne : les familles possèdent leurs terres : les jardins de thé.
La SOFA (Small Organic Farmer’s Association) au Sri Lanka regroupe 3800 paysan·nes possédant des terres de 0,8 à 2,5 hectares. En plus du thé, ces familles diversifient leurs cultures (poivre, épices) jusqu’à produire des cultures vivrières (fruits et légumes).
Les critères des labels de commerce équitable prévoient une organisation du travail précise, respectant les conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail.
Une enquête réalisée par Ingénieurs Sans Frontières en 2019 auprès des organisations productrices équitables SOFA ET MOPA révèle que :




